Rage Tendre [Réaliste/Drame]
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MessageSujet: Rage Tendre [Réaliste/Drame]   Mar 29 Mai 2012 - 20:55

Petit texte de y a un certain temps déjà, qui a sûrement été publié déjà sur l'ancien forum (je sais plus c'est Al Zeimer)

Ca s'appelle Rage Tendre

Ce n’est pas sa faute…


Il est là devant moi. Petite bouille pleine d’innocence. Un nez encore aplati en formation. Il joue depuis un quart d’heure dans un silence relatif, si l’on considère le fait que Spiderman poursuit Godzilla dans le char d’assaut d’ActionMan. Le monstre vert semble en mauvaise posture. Les toutes petites mains de mon fils de cinq ans ont encore du mal à tenir l’alien reptile tant il est grand, pourtant l’homme-araignée ne craint pas de le poursuivre.
Il jette de temps en temps un œil vers moi avec un sourire. Je ne lui rends pas. Je ne peux pas. Je ne sais pas si je pourrai un jour sourire à cet enfant. La chair de ma chair. Le sang de mon sang qui actuellement bout dans mes veines. Ma hargne est trop forte, il faut que je me défoule. Sur lui ? Je ne pourrais pas. C’est impensable. Pourtant, j’y pense.
Je finis par me lever et quitte le salon. J’avais installé, il y a quelques mois, un sac de frappe dans le garage. Il va me servir. Je ne sais plus ce que j’ai fait de mes gants, mais tant pis. Je frappe à mains nues. Mes premiers coups sont hésitants. Je n’ose pas cogner sans gants. Le sac est plein de sable et la peau de cuir est dure. Une droite timide. Un crochet du gauche mal assuré. Puis je revois le visage de mon fils il y a deux jours. Un direct du droit, cette fois avec plus d’énergie. Je revois sa bosse sur le front et les larmes dans ses yeux. Le direct du gauche est beaucoup plus violent et mes phalanges me rappellent à l’ordre…
Je le vois. Au bas de l’escalier, la morve lui coulant dans la bouche tant il pleure. Et mes coups s’enchaînent. Je frappe ce sac avec une force que je ne me connaissais pas. Mes poings ne semblent plus souffrir. Ce sont mes poignets qui se font messagers de la douleur. Mais je n’y suis pour personne, j’ai de la haine à déverser.
Je revois son petit corps au pied de la dernière marche et je comprends ce qui vient de se passer. Je lui ai dit un bon millier de fois de ne pas courir en chaussettes sur le parquet. Qu’un jour il glisserait et finirait par se faire mal. Je lui ai dit un bon millier de fois.
Est-ce une goutte de sueur ou une larme sur ma joue ?
Il se relève tant bien que mal et je comprends que la bosse qu’il arbore est le plus gros bobo. Rien de grave donc. Il avait hurlé, et le son de son corps dévalant la petite dizaine de marches m’avait effrayé. Mais là je découvre qu’il se penche vers sa sœur. Sa si petite, si fragile petite sœur. Je ne l’avais pas entendue elle en revanche. Elle ne bouge pas. Les médecins m’ont dit qu’elle s’était sûrement rompu les vertèbres cervicales sur la première marche. Son frère lui était tombé dessus. Voilà pourquoi je ne l’avais pas entendue crier ou pleurer.
–Ca va papa ?
Mon fils m’a rejoint dans le garage avec son super héros bleu et rouge. Je suis en nage et mes mains sont à vif. Je lui jette un regard amer.
–T’es fâché papa ?
Moi fâché ? Pourquoi je serais fâché ? Tu as tué ma fille. Elle allait avoir deux ans. Elle commençait à être propre. Ta mère était transportée de joie à l’idée de la super fête d’anniversaire qu’elle lui préparait. Elle avait arrêté de sucer son pouce et était capable de faire des phrases presque compréhensibles. Ses petits yeux bleus pleins de malices me faisaient oublier tous mes soucis de travail quand je rentrais le soir. Et toi, parce que mettre des chaussons était trop fatigant, tu nous l’as enlevée. Aujourd’hui ta mère ne peut plus te regarder en face. À tel point qu’elle nous a laissé tous les deux ici. Le temps de digérer a-t-elle dit.
–Pourquoi je serais fâché, mon fils, ai-je répondu avec le sourire.

–Je sais pas. Peut-être que je faisais trop de bruit.
Il a ce regard coupable encore. Celui de l’enfant qui sait qu’il a fait une bêtise, mais ne sait pas encore de quoi il retourne. Il avait ce regard aussi en bas de l’escalier. Il s’approche de moi la tête basse, et malgré cette rage insensée qui m’étreint le cœur, je le prends dans mes bras après m’être accroupi près de lui.
–Non mon fils… Tu n’as rien fait de mal, tout va bien.
 
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